★ wanayoo — archive 1999 http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2442-61665-QUO,00.htmlNouvelle recherche | Portail wanayoo
  
Accueil Le Monde
Publicité sur le web
tout.lemonde.fr > info.lemonde.fr > Entreprises > Le Monde de l'économie > Le Monde de l'économie - Supplément

Format pour impression

Envoyer par mail

 
Les diplômés de la Net génération déboussolent les entreprises

L'embellie économique profite largement aux 20-25 ans les plus qualifiés. Mais le monde du travail traditionnel ne les séduit pas. Leurs aspirations ont changé et rares sont les employeurs à en tenir compte
 
Mis à jour le lundi 15 mai 2000

I love you », clament les entreprises aux jeunes fraîchement sortis des grandes écoles et des universités. La reprise dopée par la nouvelle économie fait exploser le marché du recrutement des 20-25 ans, à condition qu'ils soient hautement qualifiés. Le taux de chômage des ingénieurs débutants a ainsi été divisé par quatre entre 1995 et 1999 (de 8 % à 2 %). Celui des bac + 5 universitaires, pourtant souvent les derniers servis, a diminué d'un tiers (de 11 % à 8 %).

Mais cette déclaration d'amour des employeurs aux diplômés déstabilise, tel le virus du même nom, les professionnels du recrutement autant que les directions des ressources humaines (DRH).

Premier casse-tête : dénicher des candidats. Les consultants en recrutement en sont réduits à se transformer en détectives privés. Des cabinets, surtout parmi les généralistes, préfèrent même renoncer à certaines missions, ou encore jouent les formateurs en reconvertissant des biologistes, des chimistes ou des géologues en informaticiens !

Seconde difficulté : trouver le bon message à adresser à cette jeunesse dorée en pleine métamorphose. Les sondages, confirmés par l'analyse des sociologues, montrent que les mentalités ont changé. Selon une enquête d'ORC, agence de communication en recrutement, les aspirations dominantes tiennent à « l'épanouissement personnel, la qualité des relations humaines dans l'entreprise et la maîtrise du temps ». Le malentendu est flagrant, comme le montre parfaitement un sondage de l'institut CSA paru dans Travailler, premiers jours ( Autrement, avril 2000) : 63 % des 20-30 ans interrogés demandent qu'on « leur fixe des objectifs, mais qu'on les laisse s'organiser comme ils l'entendent ». Seulement 32 % des responsables d'entreprise souscrivent à cette demande, contre 39 % qui veulent prescrire précisément le travail. « Les jeunes acceptent volontiers de se plier aux exigences mouvantes des entreprises, mais ils attendent en retour que ces dernières se montrent elles aussi flexibles... », précise Gilles Achache, sociologue, directeur d'études à l'institut CSA.

Incarnation de ce malaise : même les grands noms du conseil - les McKinsey, Boston Consulting Group, Andersen Consulting et consorts - sont touchés par la tempête. Certains des diplômés les plus brillants préfèrent céder aux sirènes des start-up et de l'argent facile plutôt que de parier sur un début de carrière dans ces cabinets puissants et mondialisés.

Face à ce nouveau paysage, beaucoup d'entreprises se contentent de réactiver des stratégies traditionnelles et de court terme. Comme il y a une dizaine d'années, elles continuent à manier la langue de bois dans les annonces, à sponsoriser courses à la voile et galas de grandes écoles, à pratiquer la surenchère salariale, sans se préoccuper de l'intégration de leurs recrues et de la réalité des tâches qu'ils vont accomplir. Tout cela, alors qu'elles avaient juré leurs grands dieux « qu'on ne les y reprendrait plus ».

Quelques-unes tentent néanmoins d'apporter des réponses plus originales. Unisys, société de services et d'ingénierie informatique américaine, va, par exemple, investir 43 millions de dollars dans une université d'entreprise afin que les nouveaux venus identifient mieux le projet de l'entreprise et puissent y adhérer. De leur côté, les cabinets anglo-saxons ont bousculé leurs règles de promotion : le fantasmatique statut de partner devient plus accessible. McKinsey a aussi décidé de donner à ses consultants juniors - traditionnellement très encadrés - « la possibilité de choisir parmi plusieurs missions celle qui leur convient », comme l'explique Yann Duchesne, directeur général France.

POTION MAGIQUE

Mais tout cela suffira-t-il à réconcilier la nouvelle génération avec le monde du travail qui, comme le décrit avec pertinence Thierry Happe, PDG de Euro RSCG Futurs, « a vu ses parents chahutés très durement par la crise et n'a pas tellement confiance en ces entreprises, fussent-elles paternalistes ou citoyennes » ? Surtout, ajoute-t-il, « que se lancer avec une communauté de gens dans une aventure et peut-être gagner beaucoup d'argent... Ça, oui, ça vaut la peine ».

Reste que le monde des start-up ne pourra pas agir comme une potion magique. Jamais elles n'absorberont le flux de tous les candidats au rêve, pour commencer. Ensuite, elles aussi tombent dans les travers de leurs aînées de la « vieille » économie en proposant des conditions de travail précaires tout en n'offrant guère plus d'autonomie et de responsabilité. Il est clair que, pour beaucoup de Netslaves, les stock-options resteront un mirage de plus.

Marie-Béatrice Baudet et Antoine Reverchon



Le Monde daté du mardi 16 mai 2000

Retour haut de page

Droits de reproduction et de diffusion réservés; © Le Monde 2000
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.
Politique de confidentialité du site.
 
     Publicité