Retour au sommaire Bilan 1999
L'année-e
La France, locomotive de la nouvelle croissance en Europe
La baisse du chômage s'accélère, mais revient à son niveau de... 1992
Euro : un bonus pour la conjoncture française boudé par les ménages
UN SIÈCLE D'AUGMENTATION DU NIVEAU DE VIE
L'année record des prélèvements obligatoires
Logement : une reprise en fanfare
Le déficit budgétaire le plus élevé d'Europe
L'année-e
Suite de la page I
1999, c'est l'année-e, celle
des entrepreneurs, des créateurs,
l'année d'une
génération nouvelle, ambitieuse, pressée et inventive
qui n'existait pas il y
a seulement trois ans.
Ceux-là deviennent les stars d'un système qui diffuse
à la vitesse de
l'électricité. Ceux-là dirigent
des entreprises qui, dans bien des cas, valent
déjà plus cher
que les citadelles traditionnelles
de l'industrie et de la finance. 1999, année-e
comme enrichir,
tant la roue de la fortune et la
Bourse ont tourné vite dans ce monde-là.
1999,
c'est l'année-e
: « e » comme effacement des frontières,
« e » comme euro, « e » comme effondrement des
barrières.
Cette année, toute la planète a semblé
vivre à l'unisson. Partout, la croissance s'est
accélérée
: record aux Etats-Unis, reprise en Europe,
rédemption en Asie. Partout, cette « nouvelle économie
»
a commencé à imposer son rythme, mais aussi sa
marque et ses règles. Le cas le plus flagrant
est
celui de l'Allemagne : jadis si fermée, si sûre
de sa puissance industrielle et bancaire,
si fière
de ses exportations, l'Allemagne capitaliste se
suffisait à elle-même. Cette époque-là
est révolue
et l'on a vu déferler là-bas les OPA hostiles,
les fusions géantes, les raids transfrontaliers
;
et l'on a vu s'amorcer là-bas le décroisement des
liens capitalistiques consanguins qui avaient
fini
par faire de ce modèle intriqué une économie étriquée.
1999, c'est donc partout l'année-e,
« e » comme
empires, ceux qui se sont créés au gré de fusions
toujours plus grandes, ou d'OPA
toujours plus audacieuses.
Mais
1999, c'est aussi l'année-e comme écart, ce grand
écart que
tentent encore de faire certains pays
bousculés par cette révolution qu'ils n'ont pas
choisi
de mener mais qu'ils sont bien obligés d'accompagner.
L'exemple le plus frappant est celui de
la France
qui, partie tard dans la course à l'innovation,
court plus vite désormais que bien
d'autres concurrents
mais prétend imposer ses propres règles aux autres
joueurs : faire par
exemple que le « e » de la
« nouvelle économie » soit aussi celui de l'Etat,
qu'il soit celui
de l'exception française. Faire
que notre modèle soit irrigué par les mêmes forces,
attire les
mêmes talents et les mêmes capitaux,
mais supporte davantage de contraintes et de charges.
Faire
que cette économie nouvelle, pourtant basée
sur l'innovation et la liberté, se coule dans le
moule
régulateur que la France a fabriqué au nom de la
« maîtrise des forces du marché »,
de la
« lutte contre les excès du libéralisme et contre
les dangers d'une mondialisation
débridée mue par
un capitalisme sauvage » (1). Personne
ne sait aujourd'hui combien
de temps ce grand écart
sera supportable.
1999, enfin, c'est l'année-e,
comme emploi. Avec
le plein-emploi (le vrai) aux
Etats-Unis, où jamais le chômage n'a été aussi
bas, avec l'amélioration
de l'emploi en Europe,
amélioration qui a fini par toucher la France,
provoquant derechef une
vague d'optimisme sans
précédent. Il n'en fallait pas plus pour évoquer
ici ou là la perspective
du plein-emploi, en oubliant
soigneusement qu'il reste chez nous 10 % de chômeurs,
plus que
dans n'importe quel autre pays du G7.
1999,
année-e, « e » comme esbroufe ou comme espoir
?
NICOLAS
BEYTOUT
(1) Lionel Jospin, discours
de voeux du 3 janvier 2000.

La France, locomotive de la nouvelle croissance en Europe
Après un début d'année laborieux, 1999 s'est terminé
en fanfare sur le plan conjoncturel. La
croissance
devrait rester forte cette année.
Les voix de
Cassandre qui s'étaient élevées à l'automne 1998
en seront assurément
pour leurs frais. La crise
qui a affecté, à partir de l'été 1997, l'Asie,
puis la Russie et
une partie de l'Amérique latine,
avant de se diffuser au reste du monde via, notamment,
les
marchés financiers, n'a pas eu l'effet dévastateur
qu'elles prédisaient sur la France. Le diagnostic
des
économistes était pourtant quasi unanime. Privés
et publics, ils avaient tous, début 1999,
jugé
trop optimiste la prévision officielle du gouvernement
de 2,7 % retenue dans le cadre de
l'élaboration
de la loi de Finances.
Après avoir longtemps
résisté, Dominique Strauss-Kahn,
alors ministre
de l'Economie et des Finances, s'était lui-même
résolu au printemps à revoir
en baisse sa prévision
officielle, remplacée, habile innovation, par une
fourchette de croissance
comprise entre 2,2 % et
2,5 %. Neuf mois plus tard, l'Insee a annoncé très
officiellement, en
décembre, que la croissance
française dépassera sans aucun doute l'estimation
initiale du gouvernement
et sera vraisemblablement
de l'ordre de 2,8 %.
Car les bonnes nouvelles
que publie régulièrement
l'Insee depuis la rentrée
ne doivent pas faire oublier que l'économie française
a bel et bien
traversé un sérieux moment de panne
qui, dans de nombreux secteurs d'activité, ne fut
pas qu'épisodique.
En un an et demi, rappelle une
étude publiée avant Noël par la Banque de France,
« le taux
de croissance en glissement annuel des
importations mondiales (mesurées en volume)
a
perdu 11,9 points, revenant de 13,4 % à 1,5
% ». Une décélération inégalée en ampleur
et
en rapidité depuis le début des années 80 et le
second choc pétrolier.
Moins exposée en
Asie
Mais
ce que certains experts avaient dénoncé comme une
faiblesse, à savoir une présence
en Asie insuffisante,
s'est révélé être une force. Moins exposée sur
cette partie du monde,
la France a, au final, avant
tout souffert de l'affaiblissement de la conjoncture
en Allemagne
et en Italie.
Elle a surtout été
sauvée par une plus grande avance dans le cycle
conjoncturel
et un marché de l'emploi qui n'a jamais
faibli. Les ménages, contrairement aux industriels,
sont
demeurés insensibles à la diffusion de la crise
internationale et, grâce à la décrue ininterrompue
du
chômage, ont affiché mois après mois un moral d'acier...
L'aveu
tardif par Christian Sautter,
successeur de Dominique
Strauss-Kahn à Bercy, de l'existence d'un surplus
de recettes fiscales
plus important que prévu,
résume le mieux ce changement de climat. Mais le
vrai débat de la
fin du siècle porte plutôt sur
les causes, les composantes et la longévité de
la nouvelle croissance
française.
Car, tous
les observateurs s'accordent à le reconnaître :
grâce au dopage des
nouvelles technologies, une
croissance durable est désormais possible en France
comme en Europe
selon un phénomène assez semblable
à celui connu aux Etats-Unis pendant la décennie
1990.
Il
n'y a plus de grands débats sur les
causes du phénomène. C'est un mélange de chances
que la
politique économique a su ne pas contrarier,
voire accompagner. En provoquant un choc sur la
demande
mondiale, la crise asiatique a entraîné en Europe
une surréaction à la baisse des taux
d'intérêt
qui a relancé la demande.
Chute historique de
l'inflation
Par son effet psychologique,
la
baisse à 2,5 % des taux courts par la BCE en mars
a soutenu la consommation des ménages et
l'investissement,
immobilier comme celui des entreprises, accélérant
la sortie du trou d'air.
De même, le contre-choc
pétrolier de 1998 a favorisé une chute historique
de l'inflation, qui
s'est prolongée en 1999. Cette
désinflation a fortement soutenu le pouvoir d'achat
réel des
ménages et donc des consommateurs. La
naissance de l'euro, en évitant le retour des crises
monétaires
en Europe, a aussi été une bénédiction
pour la France, et ce d'autant plus que la surévaluation
manifeste
de la monnaie unique européenne s'est rapidement
corrigée, dès qu'il est apparu que
les Etats-Unis
connaîtraient une nouvelle année de croissance
forte.
Les analyses sont moins
consensuelles
sur le caractère durable ou non de cette phase
de croissance. Une chose est sûre
: le prochain
retournement conjoncturel sera mondial, qu'il vienne
d'un krach boursier dans
les pays riches ou d'un
nouveau choc dans les pays en développement. Autre
certitude, l'année
2000, en France et en Europe,
part sous de très bons auspices, l'Allemagne et
l'Italie étant
en train de repartir. Le gouvernement
est d'ailleurs plus prudent que la plupart des
économistes
en ne prévoyant « que » de 2,6 % à
3 % de croissance en 2000, alors que le consensus
s'oriente
vers un niveau de plus de 3 %, voire
de 3,5 %.
Préserver nos avantages
Cet optimisme
ne
dispense cependant pas la politique économique
de jouer un rôle : la stratégie consistant à
maintenir
le plus longtemps possible les taux les plus bas
possible, qui marche assez bien depuis
1995, nécessite
de poursuivre, voire d'accélérer la baisse des
déficits publics. Dans l'interview
qu'il a accordée
aux « Echos » fin décembre, Christian Sautter a
appelé à un rééquilibrage de
la politique économique
en faveur de la compétitivité des entreprises :
façon de souligner qu'à
partir de 2000, la France
va devoir payer le prix des 35 heures. Ayant engrangé
de forts gains
de compétitivité et de productivité
au cours de la décennie 90, elle en a peut-être
les moyens.
Mais, alors que la concurrence fiscale
promet de devenir la règle, il faudra se donner
les moyens
de préserver nos avantages comparatifs
en allégeant les impôts et les charges sociales,
à l'unisson
de l'Europe entière.
CLAUDE FOUQUET
ET
PHILIPPE MABILLE

La baisse du chômage s'accélère, mais revient à son niveau de... 1992
Le repli du nombre
de sans-emploi a été plus nettement
plus rapide en 1999 que l'année précédente. Mais
la perspective
du plein-emploi reste lointaine.
L'année
2000 commence, sur le front de l'emploi, dans un
climat
de douce euphorie. Et pour cause : très poussive
en 1997, un peu moins l'année suivante,
la baisse
du chômage s'est accélérée en 1999 de façon inhabituelle
en France. Le nombre de sans-emploi
a reculé, entre
décembre 1998 et novembre 1999, de près de 300.000,
contre 135.000 sur l'ensemble
de 1998. Le taux
de chômage atteint désormais 10,8 % de la population
active, soit 1,7 point
de moins qu'à la mi-1997.
D'abord
prudent, le gouvernement s'efforce, depuis quelques
mois,
de nourrir cet optimisme en annonçant rien
moins que le retour à une situation de plein-emploi.
Tout
en précisant qu'il faut entendre par là un taux
de chômage de l'ordre de 4 % à 5 %, Lionel
Jospin
l'a promis à un horizon de dix ans.
Ce n'est
évidemment pas la première fois que les
pouvoirs
publics promettent des lendemains qui chantent
à une opinion incrédule. Ce qui est
nouveau, c'est
que certains économistes prennent ce pari au sérieux.
Ceux qui croient à une
« nouvelle croissance »
tirée par la conjonction de l'euro, de taux d'intérêt
bas et des technologies
de l'information, comme
ceux qui n'y croient pas, ne peuvent que constater
le boom tout à fait
exceptionnel des créations
d'emplois.
Un boom exceptionnel
Depuis 1997,
près de 1 million
de postes ont été créés. L'année
1999 s'est même révélée, sur ce terrain, encore
plus favorable
que 1998, puisque 420.000 nouveaux
postes devraient avoir été enregistrés, selon les
évaluations
de l'Insee. Le fameux « trou d'air
» traversé par l'économie française n'a donc pas
enrayé le
mouvement. La palme revient, bien sûr,
aux emplois salariés des secteurs concurrentiels,
dont
le nombre a passé, à la sortie de l'été, la
barre historique des 14 millions.
Sans surprise,
les
activités de services sont, comme les années précédentes,
les plus porteuses. Mais l'industrie
et la construction,
comme en 1998, ont créé des emplois. Si tous les
secteurs sont gagnants,
tous les salariés ne sont
pas logés à la même enseigne. La bonne santé des
entreprises ne les
empêchent pas de continuer à
préférer embaucher en intérim plutôt que par des
contrats stables.
Après une pause, l'activité intérimaire
a redémarré en flèche depuis l'été.
Dans ce
contexte,
la pertinence, en période de croissance
soutenue, de certains des dispositifs mis en place
par
le gouvernement n'échappe pas au débat. Les
emplois liés aux 35 heures, quelques dizaines de
milliers
l'an dernier, paraissent évidemment peu nombreux,
d'autant plus qu'un certain nombre
auraient, de
toute façon, été créés par les entreprises. Si
leur avenir n'est guère assuré,
l'effet des emplois-jeunes
(95.000 postes en 1999, 211.000 depuis le lancement
du programme)
est, en revanche, indéniable sur
le taux de chômage des moins de 25 ans. Le nombre
de sans-emploi
dans cette catégorie a reculé d'un
quart en deux ans, en dépit de la suppression progressive
du
service militaire.
Une embellie durable
L'autre
bonne nouvelle de l'année concerne
les chômeurs
de longue durée, inscrits depuis plus d'un an à
l'ANPE. Leur nombre est repassé
sous la barre du
million.
La plupart des experts prévoient que
cette embellie va se poursuivre.
L'Insee pronostique
un chômage de 10,3 % de la population active à
la fin juin ; Christian Sautter,
le ministre des
Finances, a promis, à la mi-décembre dans une interview
aux « Echos », qu'il
passera même sous la barre
des 10 % avant la fin de cette année.
Cette
performance doit pourtant
être relativisée. Le
recul est, certes, le plus rapide enregistré sur
une aussi longue période
depuis plus de vingt ans.
Mais le nombre de sans-emploi n'est pour l'instant
revenu qu'à ce
qu'il était à la fin de 1991. Le
taux de chômage est celui enregistré fin 1992.
Enfin, la France
occupe toujours l'avant-dernière
place dans la zone euro, juste devant l'Espagne.
En
réalité,
c'est la vigueur du repli du chômage,
plus que le niveau qu'il a atteint, qui est aujourd'hui
encourageante.
Nombre d'économistes sont persuadés que le chômage
continuera de reculer grâce
à la croissance puis,
dans quelques années, grâce à la stabilisation
de la population en âge
de travailler. Un pari
qui suppose qu'aucun krach financier ne vienne
perturber ce scénario,
et que la baisse du chômage
ne bute pas sur un chômage « structurel » traduisant
le manque de
formation des chômeurs actuels.
DOMINIQUE
SEUX

Euro : un bonus pour la conjoncture française boudé par les ménages
La monnaie unique européenne
explique en partie
la bonne situation conjoncturelle de la France.
Mais l'euro n'est utilisé
comme monnaie de paiement
que par 1 % des ménages.
Jean-Claude Trichet,
le gouverneur de
la Banque de France, a beau répéter
à l'envi que « l'euro possède un potentiel d'appréciation
important
», rares sont les industriels ou les conjoncturistes
qui trouvent des raisons
de se plaindre de sa faiblesse
persistante. Comme aux meilleurs temps de l'envolée
du billet
vert face au franc, l'Hexagone a bénéficié,
tout au long de l'année 1999, d'un bonus non négligeable.
Si
l'on s'en tient aux estimations du ministère de
l'Economie et des Finances, entre 0,2 et
0,5 point
de la croissance française pourrait être attribué
à la vigueur du dollar vis-à-vis
de l'euro. Et,
pour l'heure, les risques d'inflation importée,
contrepartie automatique de l'affaiblissement
d'une
devise, n'inquiètent guère.
Les principaux bénéficiaires
de la naissance de la monnaie
unique sont sans
conteste les exportateurs qui travaillent hors
des frontières de l'Union européenne.
Ceux-ci voient
en effet la compétitivité de leurs produits croître
au rythme de l'appréciation
du dollar. Avec, à
la clef, des avancées non négligeables. « Le
redressement des parts de
marché des pays de la
zone euro se confirme », explique le Centre
d'observation économique
(COE), qui dépend de la
Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Quant
aux entreprises exportatrices
qui ne travaillent
qu'au sein de la zone euro, elles ne peuvent que
se féliciter de la création
d'une monnaie qui les
met désormais à l'abri des effets d'éventuelles
politiques de dévaluation
compétitives, telles
qu'on les vit fleurir au cours des années 80 et
90. Parallèlement, l'économie
dans son ensemble
a largement profité de taux d'intérêt restés bas.
Une
seule ombre figure
dans ce tableau : si l'économie
française engrange les nombreux bienfaits de l'euro,
entreprises
et particuliers sont beaucoup plus
sur la réserve pour utiliser la monnaie unique.
Du côté des
entreprises, la « mission interministérielle
euro » ne recense, fin 1999, que 5.000 entreprises
qui
ont converti leur comptabilité à la nouvelle devise.
De même, seulement 8 % de l'impôt sur
les sociétés
est acquitté en euros. Le pourcentage est de 4
% pour la TVA. Seul signe encourageant,
le nombre
de déclarations douanières faites en euros a nettement
progressé en octobre (+ 51
%), comme le nombre
de déclarations fiscales, laissant espérer au ministère
de l'Economie
« un redémarrage de la préparation
active à l'euro dans les entreprises ».
Particuliers
peu
enthousiastes
Les particuliers ne sont guère
plus enthousiastes. Il est vrai que, faute
de tenir
en main pièces et billets - ce ne sera pas le cas
avant 2002 -, ils n'ont guère de
raison sérieuse
d'abandonner leur monnaie nationale. Même si le
double affichage des prix dans
les magasins est
aujourd'hui effectif dans 87 % des hypermarchés,
70 % des supermarchés et chez
près de 30 % des
prestataires de services, la devise européenne
ne fait pas recette lorsqu'il
s'agit de libeller
un chèque, de payer par carte bancaire ou d'effectuer
des virements. A peine
1 % des Français ont opté
pour les paiements en euros, selon un bilan dressé,
mi-décembre, par
la mission interministérielle
euro. Seule consolation, les Français ressemblent
à leurs 230
millions de voisins européens. La durée
particulièrement longue de la période dite « transitoire
»
ou plus simplement la faible proportion de terminaux
de paiement disponibles (nombre de commerçants
ayant
reculé l'échéance pour cause de coût) n'ont guère
facilité la diffusion de la monnaie
unique.
Bon
an mal an, le nombre total de paiements effectués
par les entreprises et les
particuliers en octobre
a atteint 598.000, ce qui signifie que, chaque
jour, « 1.000 personnes
en France donnent un
ordre de virement ou paient avec un chèque en euros
»,
avance-t-on à Bercy.
C. F.

UN SIÈCLE D'AUGMENTATION DU NIVEAU DE VIE
Richesse nationale décuplée.
Les deux guerres mondiales,
le
krach de 1929, la crise économique qui a mis fin
aux « Trente Glorieuses », auxquelles ont
succédé
les « Trente Piteuses » avec leur cortège de restructurations
et de chômage de masse,
n'y ont rien changé : le
niveau de vie des Français et de leurs cousins
des pays industrialisés
a progressé de façon absolument
inédite au XXe siècle. Dans les pays riches, le
PIB par tête
a progressé de 2 % en moyenne et,
en France, la richesse nationale a été plus que
décuplée.
Le
salaire mensuel moyen a quant à
lui quadruplé entre 1900 et 1995, en francs constants.
Les générations
nées dans les années 20 sont les
plus privilégiées et découvrent les joies de la
société de
consommation. Celles qui les ont précédées
restent marquées par les guerres et par les difficultés
des
reconstructions : en 1950, le niveau de vie n'était
guère supérieur à celui de la fin du
XIXe siècle
; les générations suivantes connaissent la crise,
sans pourtant que l'amélioration
du confort de
vie ne cesse.
En France, la croissance par habitant
des vingt-cinq dernières
années est égale à celle
enregistrée entre 1850 et 1960, comme en témoigne
la généralisation
des biens d'équipement.

L'année record des prélèvements obligatoires
1999 restera comme l'année du pic historique
des
prélèvements obligatoires en France. La concurrence
fiscale en Europe et l'approche des
élections devraient
enclencher une décrue.
Un record : 1.418.100
milliards de francs. C'est
le niveau jamais atteint
de la progression des recettes fiscales nettes
de l'Etat attendues
en 1999 par rapport à 1998.
Soit 24 milliards de francs de plus que prévu,
y compris les 11
milliards dévoilés le 20 décembre
par Christian Sautter. Le ministre de l'Economie
et des Finances
échappera-t-il à la nécessité de
réviser une nouvelle fois en hausse le taux des
prélèvements
obligatoires ? Au lieu de baisser
de 0,2 point, comme annoncé dans le budget 1999,
cet indicateur
très sensible augmenterait, selon
la prévision établie en septembre, de 0,4 point,
pour atteindre
son record historique, à 45,3 %
du PIB. En fait, il n'est pas impossible que, malgré
une croissance
plus forte, le résultat définitif
se révèle encore plus élevé.
Certes, ce pic
historique
est dû pour partie à des éléments que
le gouvernement ne maîtrisait pas, en particulier
une
inflation plus basse qu'attendu, qui a pesé
sur la valeur du PIB. Cette situation ne devrait
pas
se répéter l'an prochain, ce qui conduit Bercy
à parier, avec une certaine confiance cette
fois,
sur une baisse du niveau des prélèvements obligatoires,
qui tomberaient à 44,8 % en 2000.
Cette
décrue
aurait plusieurs sources : la baisse de la TVA
sur les travaux dans les logements privés,
la poursuite
de la réforme de la taxe professionnelle, la suppression
de la surtaxe d'impôt
sur les sociétés et la réduction
des droits de mutation immobiliers. Enfin, la mise
en application
de la réduction du temps de travail,
qui conduira à un allégement des charges sociales.
Allégement
au
programme
En 2000, la baisse des impôts reste
au programme, malgré les interrogations
de la majorité,
très plurielle, sur la répartition des fruits de
la croissance : un allégement
de la taxe d'habitation,
réclamé par les élus PS, est évoqué pour l'automne
2000. Christian
Sautter devra surtout mettre en
musique la baisse des impôts directs sur les ménages,
promise
par Lionel Jospin à partir de 2001, qui
est loin de faire consensus à gauche.
Une chose
est
sûre : la concurrence fiscale en Europe va
bousculer le gouvernement de Lionel Jospin, qui
ne
fait certes pas de la baisse des impôts sa priorité,
mais est bien conscient qu'il s'agit d'une
étape
indispensable dans la conquête des classes moyennes,
donc du pouvoir, lors des élections
législatives
et présidentielle de 2002.
PH. MA.

Logement : une reprise en fanfare
Au-delà d'une spectaculaire reprise de la construction,
c'est
l'ensemble de la politique du logement qui a enregistré
un tournant historique l'an passé.
Les
professionnels
de l'immobilier se souviendront longtemps de l'année
1999. La reprise a dépassé
tous les espoirs, avec
la mise en chantier de plus de 320.000 logements
neufs, un score inégalé
depuis dix ans. Dans l'ancien,
les transactions ont porté sur un nombre record
de 550.000 logements
en France. Et après sept années
de crise et un timide redressement en 1998, le
bâtiment a enregistré
l'an passé une croissance
de 5,9 %, deux fois supérieure à celle de l'économie,
et créé 25.000
emplois. Pour 2000, l'activité est
toujours bien orientée.
La sagesse des taux
d'intérêt
et le retour d'une meilleure conjoncture
en France ont redonné confiance aux Français pour
investir
dans la pierre, mais, surtout, le logement
a bénéficié d'un soutien sans précédent du gouvernement.
Jusqu'à
la fin août, les ventes de logements neufs ont
été dopées par l'amortissement Périssol,
la mesure
fiscale destinée aux investisseurs locatifs. Les
promoteurs ont enregistré 100.000
ventes, soit
davantage qu'en 1989, la meilleure année de la
décennie précédente. Comme l'amortissement
Périssol
a été remplacé par le « mécanisme Besson », qui
offre des avantages relativement équivalents,
à
condition que l'investisseur accepte un certain
plafonnement de ses loyers, les professionnels
estiment
que l'investissement locatif ne devrait pas trop
faiblir sur la durée. Et, depuis août,
les professionnels
ont vu leurs espoirs les plus fous se réaliser.
Soutien
sans précédent
Reconnaissant
que le
logement doit être un moteur de l'économie française,
le gouvernement a engagé un véritable
tournant
politique. Alors que, depuis vingt ans, la politique
du logement s'inscrivait dans
une succession de
mesures de soutien conjoncturelles à la construction,
le gouvernement a souhaité
créer un cadre pérenne
pour le logement, qui ne bénéficie plus seulement
à la construction neuve,
mais aussi au parc de
logements anciens. L'investissement locatif dans
l'ancien est favorisé.
Les droits de mutation,
de plus de 8 % lors de l'arrivée au pouvoir de
l'équipe Jospin, ont
été progressivement abaissés,
pour revenir à un taux moyen de 4,8 % plus conforme
à la moyenne
européenne. Enfin, le taux de TVA
sur les travaux dans les logements a été ramené
de 20,6 %
à 5,5 %, une mesure que les professionnels
du bâtiment réclamaient depuis plus de dix ans,
et
à laquelle ils n'osaient plus croire.
ANNE
BAUER

Le déficit budgétaire le plus élevé d'Europe
Malgré l'accélération de la croissance et l'amélioration
des
comptes sociaux, la France a encore le déficit
de l'Etat le plus élevé d'Europe, ce qui
freine
la réduction du poids de la dette.
La crise
des finances publiques, qui a marqué l'essentiel
des
années 90 depuis la récession de 1993, est-elle
terminée ? On pourrait le croire au vu de
la sensible
amélioration enregistrée depuis la qualification
pour l'euro. Parti de 3,5 % du
PIB en 1997, le
déficit public de la France s'établirait à 2,2
% en 1999 et à 1,8 % en 2000
; selon le programme
pluriannuel transmis à Bruxelles, il tomberait
entre 1,2 % et 0,8 % du
PIB en 2002.
En 2000,
selon les projections du gouvernement, la dette
publique connaîtrait
sa première décrue depuis
vingt ans, et reviendrait juste sous la barre des
60 % du PIB. Le
retour à des finances publiques
en équilibre, voire à un excédent, est devenu un
horizon crédible
à un terme relativement rapproché
: 2004 ou 2005 si la croissance reste supérieure
à 2,5 % l'an.
Bombes
à retardement
Cette
lecture optimiste doit pourtant être nuancée :
avec 2,2 % de déficit
public fin 1999, dont 2,7
% pour l'Etat seul, et une nouvelle hausse des
prélèvements obligatoires,
la France n'est pas
à l'abri d'un retournement conjoncturel. Même si,
grâce à la croissance
et aux bonnes recettes fiscales,
elle a pu réduire de 10 milliards de francs de
plus le déficit
budgétaire en fin d'année, à 226
milliards de francs, elle reste le mauvais élève
de la zone
euro sur ce terrain. Malgré un effort
de maîtrise, les dépenses ne sont que stabilisées
s'agissant
de l'Etat et progressent encore à un
rythme soutenu du côté de l'assurance-maladie.
En fait,
l'essentiel de l'amélioration a reposé
depuis 1998 sur la croissance des recettes fiscales
et
sociales et non sur des réformes structurelles
permettant de réduire à long terme le poids des
dépenses
publiques dans le PIB. C'est la grande différence
entre la stratégie française et allemande.
Alors
que Paris a parié sur une approche non malthusienne,
tablant sur la croissance pour résoudre
ses difficultés,
Berlin, après quelques hésitations, a choisi de
commencer par réduire drastiquement
ses dépenses,
pour financer une baisse massive des déficits et
des impôts et renforcer la compétitivité
de l'Allemagne
comme site de production.
Laquelle de ces deux
approches l'emportera ? La
pratique française est
moins risquée pour la croissance à court terme,
mais ne permet qu'une
lente décrue des déficits,
de la dette et des prélèvements obligatoires. Le
principal défi pour
le gouvernement Jospin, qui
a voulu placer les finances publiques en pilotage
automatique en
fixant une norme intangible d'évolution
des dépenses, sera en outre de maintenir ce cap,
alors
que la croissance va naturellement attiser
les convoitises.
Enfin, il reste de nombreuses
bombes
à retardement non financées dans le budget de l'Etat,
qu'il s'agisse des 35 heures ou
des pensions de
la fonction publique. D'ici à 2010, la moitié des
fonctionnaires va partir en
retraite : pour l'instant,
rien n'a été fait pour ce « bogue » annoncé, qui
représentera d'ici
à dix ans plus que le déficit
budgétaire actuel...
PH. MA.

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