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retour page d'accueil les Echos  Le Bilan de l'année 1999

  Retour au sommaire Bilan 1999

CONSULTER  L'année-e
CONSULTER  La France, locomotive de la nouvelle croissance en Europe
CONSULTER  La baisse du chômage s'accélère, mais revient à son niveau de... 1992
CONSULTER  Euro : un bonus pour la conjoncture française boudé par les ménages
CONSULTER  UN SIÈCLE D'AUGMENTATION DU NIVEAU DE VIE
CONSULTER  L'année record des prélèvements obligatoires
CONSULTER  Logement : une reprise en fanfare
CONSULTER  Le déficit budgétaire le plus élevé d'Europe



L'année-e

Suite de la page I

1999, c'est l'année-e, celle des entrepreneurs, des créateurs, l'année d'une génération nouvelle, ambitieuse, pressée et inventive qui n'existait pas il y a seulement trois ans. Ceux-là deviennent les stars d'un système qui diffuse à la vitesse de l'électricité. Ceux-là dirigent des entreprises qui, dans bien des cas, valent déjà plus cher que les citadelles traditionnelles de l'industrie et de la finance. 1999, année-e comme enrichir, tant la roue de la fortune et la Bourse ont tourné vite dans ce monde-là.

1999, c'est l'année-e : « e » comme effacement des frontières, « e » comme euro, « e » comme effondrement des barrières. Cette année, toute la planète a semblé vivre à l'unisson. Partout, la croissance s'est accélérée : record aux Etats-Unis, reprise en Europe, rédemption en Asie. Partout, cette « nouvelle économie » a commencé à imposer son rythme, mais aussi sa marque et ses règles. Le cas le plus flagrant est celui de l'Allemagne : jadis si fermée, si sûre de sa puissance industrielle et bancaire, si fière de ses exportations, l'Allemagne capitaliste se suffisait à elle-même. Cette époque-là est révolue et l'on a vu déferler là-bas les OPA hostiles, les fusions géantes, les raids transfrontaliers ; et l'on a vu s'amorcer là-bas le décroisement des liens capitalistiques consanguins qui avaient fini par faire de ce modèle intriqué une économie étriquée. 1999, c'est donc partout l'année-e, « e » comme empires, ceux qui se sont créés au gré de fusions toujours plus grandes, ou d'OPA toujours plus audacieuses.

Mais 1999, c'est aussi l'année-e comme écart, ce grand écart que tentent encore de faire certains pays bousculés par cette révolution qu'ils n'ont pas choisi de mener mais qu'ils sont bien obligés d'accompagner. L'exemple le plus frappant est celui de la France qui, partie tard dans la course à l'innovation, court plus vite désormais que bien d'autres concurrents mais prétend imposer ses propres règles aux autres joueurs : faire par exemple que le « e » de la « nouvelle économie » soit aussi celui de l'Etat, qu'il soit celui de l'exception française. Faire que notre modèle soit irrigué par les mêmes forces, attire les mêmes talents et les mêmes capitaux, mais supporte davantage de contraintes et de charges. Faire que cette économie nouvelle, pourtant basée sur l'innovation et la liberté, se coule dans le moule régulateur que la France a fabriqué au nom de la « maîtrise des forces du marché », de la « lutte contre les excès du libéralisme et contre les dangers d'une mondialisation débridée mue par un capitalisme sauvage » (1). Personne ne sait aujourd'hui combien de temps ce grand écart sera supportable.

1999, enfin, c'est l'année-e, comme emploi. Avec le plein-emploi (le vrai) aux Etats-Unis, où jamais le chômage n'a été aussi bas, avec l'amélioration de l'emploi en Europe, amélioration qui a fini par toucher la France, provoquant derechef une vague d'optimisme sans précédent. Il n'en fallait pas plus pour évoquer ici ou là la perspective du plein-emploi, en oubliant soigneusement qu'il reste chez nous 10 % de chômeurs, plus que dans n'importe quel autre pays du G7.

1999, année-e, « e » comme esbroufe ou comme espoir ?

NICOLAS BEYTOUT

(1) Lionel Jospin, discours de voeux du 3 janvier 2000.

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La France, locomotive de la nouvelle croissance en Europe

Après un début d'année laborieux, 1999 s'est terminé en fanfare sur le plan conjoncturel. La croissance devrait rester forte cette année.

Les voix de Cassandre qui s'étaient élevées à l'automne 1998 en seront assurément pour leurs frais. La crise qui a affecté, à partir de l'été 1997, l'Asie, puis la Russie et une partie de l'Amérique latine, avant de se diffuser au reste du monde via, notamment, les marchés financiers, n'a pas eu l'effet dévastateur qu'elles prédisaient sur la France. Le diagnostic des économistes était pourtant quasi unanime. Privés et publics, ils avaient tous, début 1999, jugé trop optimiste la prévision officielle du gouvernement de 2,7 % retenue dans le cadre de l'élaboration de la loi de Finances.

Après avoir longtemps résisté, Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l'Economie et des Finances, s'était lui-même résolu au printemps à revoir en baisse sa prévision officielle, remplacée, habile innovation, par une fourchette de croissance comprise entre 2,2 % et 2,5 %. Neuf mois plus tard, l'Insee a annoncé très officiellement, en décembre, que la croissance française dépassera sans aucun doute l'estimation initiale du gouvernement et sera vraisemblablement de l'ordre de 2,8 %.

Car les bonnes nouvelles que publie régulièrement l'Insee depuis la rentrée ne doivent pas faire oublier que l'économie française a bel et bien traversé un sérieux moment de panne qui, dans de nombreux secteurs d'activité, ne fut pas qu'épisodique. En un an et demi, rappelle une étude publiée avant Noël par la Banque de France, « le taux de croissance en glissement annuel des importations mondiales (mesurées en volume) a perdu 11,9 points, revenant de 13,4 % à 1,5 % ». Une décélération inégalée en ampleur et en rapidité depuis le début des années 80 et le second choc pétrolier.

Moins exposée en Asie

Mais ce que certains experts avaient dénoncé comme une faiblesse, à savoir une présence en Asie insuffisante, s'est révélé être une force. Moins exposée sur cette partie du monde, la France a, au final, avant tout souffert de l'affaiblissement de la conjoncture en Allemagne et en Italie.

Elle a surtout été sauvée par une plus grande avance dans le cycle conjoncturel et un marché de l'emploi qui n'a jamais faibli. Les ménages, contrairement aux industriels, sont demeurés insensibles à la diffusion de la crise internationale et, grâce à la décrue ininterrompue du chômage, ont affiché mois après mois un moral d'acier...

L'aveu tardif par Christian Sautter, successeur de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, de l'existence d'un surplus de recettes fiscales plus important que prévu, résume le mieux ce changement de climat. Mais le vrai débat de la fin du siècle porte plutôt sur les causes, les composantes et la longévité de la nouvelle croissance française.

Car, tous les observateurs s'accordent à le reconnaître : grâce au dopage des nouvelles technologies, une croissance durable est désormais possible en France comme en Europe selon un phénomène assez semblable à celui connu aux Etats-Unis pendant la décennie 1990.

Il n'y a plus de grands débats sur les causes du phénomène. C'est un mélange de chances que la politique économique a su ne pas contrarier, voire accompagner. En provoquant un choc sur la demande mondiale, la crise asiatique a entraîné en Europe une surréaction à la baisse des taux d'intérêt qui a relancé la demande.

Chute historique de l'inflation

Par son effet psychologique, la baisse à 2,5 % des taux courts par la BCE en mars a soutenu la consommation des ménages et l'investissement, immobilier comme celui des entreprises, accélérant la sortie du trou d'air. De même, le contre-choc pétrolier de 1998 a favorisé une chute historique de l'inflation, qui s'est prolongée en 1999. Cette désinflation a fortement soutenu le pouvoir d'achat réel des ménages et donc des consommateurs. La naissance de l'euro, en évitant le retour des crises monétaires en Europe, a aussi été une bénédiction pour la France, et ce d'autant plus que la surévaluation manifeste de la monnaie unique européenne s'est rapidement corrigée, dès qu'il est apparu que les Etats-Unis connaîtraient une nouvelle année de croissance forte.

Les analyses sont moins consensuelles sur le caractère durable ou non de cette phase de croissance. Une chose est sûre : le prochain retournement conjoncturel sera mondial, qu'il vienne d'un krach boursier dans les pays riches ou d'un nouveau choc dans les pays en développement. Autre certitude, l'année 2000, en France et en Europe, part sous de très bons auspices, l'Allemagne et l'Italie étant en train de repartir. Le gouvernement est d'ailleurs plus prudent que la plupart des économistes en ne prévoyant « que » de 2,6 % à 3 % de croissance en 2000, alors que le consensus s'oriente vers un niveau de plus de 3 %, voire de 3,5 %.

Préserver nos avantages

Cet optimisme ne dispense cependant pas la politique économique de jouer un rôle : la stratégie consistant à maintenir le plus longtemps possible les taux les plus bas possible, qui marche assez bien depuis 1995, nécessite de poursuivre, voire d'accélérer la baisse des déficits publics. Dans l'interview qu'il a accordée aux « Echos » fin décembre, Christian Sautter a appelé à un rééquilibrage de la politique économique en faveur de la compétitivité des entreprises : façon de souligner qu'à partir de 2000, la France va devoir payer le prix des 35 heures. Ayant engrangé de forts gains de compétitivité et de productivité au cours de la décennie 90, elle en a peut-être les moyens. Mais, alors que la concurrence fiscale promet de devenir la règle, il faudra se donner les moyens de préserver nos avantages comparatifs en allégeant les impôts et les charges sociales, à l'unisson de l'Europe entière.



CLAUDE FOUQUET
ET PHILIPPE MABILLE

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La baisse du chômage s'accélère, mais revient à son niveau de... 1992

Le repli du nombre de sans-emploi a été plus nettement plus rapide en 1999 que l'année précédente. Mais la perspective du plein-emploi reste lointaine.

L'année 2000 commence, sur le front de l'emploi, dans un climat de douce euphorie. Et pour cause : très poussive en 1997, un peu moins l'année suivante, la baisse du chômage s'est accélérée en 1999 de façon inhabituelle en France. Le nombre de sans-emploi a reculé, entre décembre 1998 et novembre 1999, de près de 300.000, contre 135.000 sur l'ensemble de 1998. Le taux de chômage atteint désormais 10,8 % de la population active, soit 1,7 point de moins qu'à la mi-1997.

D'abord prudent, le gouvernement s'efforce, depuis quelques mois, de nourrir cet optimisme en annonçant rien moins que le retour à une situation de plein-emploi. Tout en précisant qu'il faut entendre par là un taux de chômage de l'ordre de 4 % à 5 %, Lionel Jospin l'a promis à un horizon de dix ans.

Ce n'est évidemment pas la première fois que les pouvoirs publics promettent des lendemains qui chantent à une opinion incrédule. Ce qui est nouveau, c'est que certains économistes prennent ce pari au sérieux. Ceux qui croient à une « nouvelle croissance » tirée par la conjonction de l'euro, de taux d'intérêt bas et des technologies de l'information, comme ceux qui n'y croient pas, ne peuvent que constater le boom tout à fait exceptionnel des créations d'emplois.

Un boom exceptionnel

Depuis 1997, près de 1 million de postes ont été créés. L'année 1999 s'est même révélée, sur ce terrain, encore plus favorable que 1998, puisque 420.000 nouveaux postes devraient avoir été enregistrés, selon les évaluations de l'Insee. Le fameux « trou d'air » traversé par l'économie française n'a donc pas enrayé le mouvement. La palme revient, bien sûr, aux emplois salariés des secteurs concurrentiels, dont le nombre a passé, à la sortie de l'été, la barre historique des 14 millions.

Sans surprise, les activités de services sont, comme les années précédentes, les plus porteuses. Mais l'industrie et la construction, comme en 1998, ont créé des emplois. Si tous les secteurs sont gagnants, tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne. La bonne santé des entreprises ne les empêchent pas de continuer à préférer embaucher en intérim plutôt que par des contrats stables. Après une pause, l'activité intérimaire a redémarré en flèche depuis l'été.

Dans ce contexte, la pertinence, en période de croissance soutenue, de certains des dispositifs mis en place par le gouvernement n'échappe pas au débat. Les emplois liés aux 35 heures, quelques dizaines de milliers l'an dernier, paraissent évidemment peu nombreux, d'autant plus qu'un certain nombre auraient, de toute façon, été créés par les entreprises. Si leur avenir n'est guère assuré, l'effet des emplois-jeunes (95.000 postes en 1999, 211.000 depuis le lancement du programme) est, en revanche, indéniable sur le taux de chômage des moins de 25 ans. Le nombre de sans-emploi dans cette catégorie a reculé d'un quart en deux ans, en dépit de la suppression progressive du service militaire.

Une embellie durable

L'autre bonne nouvelle de l'année concerne les chômeurs de longue durée, inscrits depuis plus d'un an à l'ANPE. Leur nombre est repassé sous la barre du million.

La plupart des experts prévoient que cette embellie va se poursuivre. L'Insee pronostique un chômage de 10,3 % de la population active à la fin juin ; Christian Sautter, le ministre des Finances, a promis, à la mi-décembre dans une interview aux « Echos », qu'il passera même sous la barre des 10 % avant la fin de cette année.

Cette performance doit pourtant être relativisée. Le recul est, certes, le plus rapide enregistré sur une aussi longue période depuis plus de vingt ans. Mais le nombre de sans-emploi n'est pour l'instant revenu qu'à ce qu'il était à la fin de 1991. Le taux de chômage est celui enregistré fin 1992. Enfin, la France occupe toujours l'avant-dernière place dans la zone euro, juste devant l'Espagne.

En réalité, c'est la vigueur du repli du chômage, plus que le niveau qu'il a atteint, qui est aujourd'hui encourageante. Nombre d'économistes sont persuadés que le chômage continuera de reculer grâce à la croissance puis, dans quelques années, grâce à la stabilisation de la population en âge de travailler. Un pari qui suppose qu'aucun krach financier ne vienne perturber ce scénario, et que la baisse du chômage ne bute pas sur un chômage « structurel » traduisant le manque de formation des chômeurs actuels.



DOMINIQUE SEUX

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Euro : un bonus pour la conjoncture française boudé par les ménages

La monnaie unique européenne explique en partie la bonne situation conjoncturelle de la France. Mais l'euro n'est utilisé comme monnaie de paiement que par 1 % des ménages.

Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque de France, a beau répéter à l'envi que « l'euro possède un potentiel d'appréciation important », rares sont les industriels ou les conjoncturistes qui trouvent des raisons de se plaindre de sa faiblesse persistante. Comme aux meilleurs temps de l'envolée du billet vert face au franc, l'Hexagone a bénéficié, tout au long de l'année 1999, d'un bonus non négligeable. Si l'on s'en tient aux estimations du ministère de l'Economie et des Finances, entre 0,2 et 0,5 point de la croissance française pourrait être attribué à la vigueur du dollar vis-à-vis de l'euro. Et, pour l'heure, les risques d'inflation importée, contrepartie automatique de l'affaiblissement d'une devise, n'inquiètent guère.

Les principaux bénéficiaires de la naissance de la monnaie unique sont sans conteste les exportateurs qui travaillent hors des frontières de l'Union européenne. Ceux-ci voient en effet la compétitivité de leurs produits croître au rythme de l'appréciation du dollar. Avec, à la clef, des avancées non négligeables. « Le redressement des parts de marché des pays de la zone euro se confirme », explique le Centre d'observation économique (COE), qui dépend de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Quant aux entreprises exportatrices qui ne travaillent qu'au sein de la zone euro, elles ne peuvent que se féliciter de la création d'une monnaie qui les met désormais à l'abri des effets d'éventuelles politiques de dévaluation compétitives, telles qu'on les vit fleurir au cours des années 80 et 90. Parallèlement, l'économie dans son ensemble a largement profité de taux d'intérêt restés bas.

Une seule ombre figure dans ce tableau : si l'économie française engrange les nombreux bienfaits de l'euro, entreprises et particuliers sont beaucoup plus sur la réserve pour utiliser la monnaie unique. Du côté des entreprises, la « mission interministérielle euro » ne recense, fin 1999, que 5.000 entreprises qui ont converti leur comptabilité à la nouvelle devise. De même, seulement 8 % de l'impôt sur les sociétés est acquitté en euros. Le pourcentage est de 4 % pour la TVA. Seul signe encourageant, le nombre de déclarations douanières faites en euros a nettement progressé en octobre (+ 51 %), comme le nombre de déclarations fiscales, laissant espérer au ministère de l'Economie « un redémarrage de la préparation active à l'euro dans les entreprises ».

Particuliers peu enthousiastes

Les particuliers ne sont guère plus enthousiastes. Il est vrai que, faute de tenir en main pièces et billets - ce ne sera pas le cas avant 2002 -, ils n'ont guère de raison sérieuse d'abandonner leur monnaie nationale. Même si le double affichage des prix dans les magasins est aujourd'hui effectif dans 87 % des hypermarchés, 70 % des supermarchés et chez près de 30 % des prestataires de services, la devise européenne ne fait pas recette lorsqu'il s'agit de libeller un chèque, de payer par carte bancaire ou d'effectuer des virements. A peine 1 % des Français ont opté pour les paiements en euros, selon un bilan dressé, mi-décembre, par la mission interministérielle euro. Seule consolation, les Français ressemblent à leurs 230 millions de voisins européens. La durée particulièrement longue de la période dite « transitoire » ou plus simplement la faible proportion de terminaux de paiement disponibles (nombre de commerçants ayant reculé l'échéance pour cause de coût) n'ont guère facilité la diffusion de la monnaie unique.

Bon an mal an, le nombre total de paiements effectués par les entreprises et les particuliers en octobre a atteint 598.000, ce qui signifie que, chaque jour, « 1.000 personnes en France donnent un ordre de virement ou paient avec un chèque en euros », avance-t-on à Bercy.



C. F.

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UN SIÈCLE D'AUGMENTATION DU NIVEAU DE VIE

Richesse nationale décuplée.

Les deux guerres mondiales, le krach de 1929, la crise économique qui a mis fin aux « Trente Glorieuses », auxquelles ont succédé les « Trente Piteuses » avec leur cortège de restructurations et de chômage de masse, n'y ont rien changé : le niveau de vie des Français et de leurs cousins des pays industrialisés a progressé de façon absolument inédite au XXe siècle. Dans les pays riches, le PIB par tête a progressé de 2 % en moyenne et, en France, la richesse nationale a été plus que décuplée.
Le salaire mensuel moyen a quant à lui quadruplé entre 1900 et 1995, en francs constants. Les générations nées dans les années 20 sont les plus privilégiées et découvrent les joies de la société de consommation. Celles qui les ont précédées restent marquées par les guerres et par les difficultés des reconstructions : en 1950, le niveau de vie n'était guère supérieur à celui de la fin du XIXe siècle ; les générations suivantes connaissent la crise, sans pourtant que l'amélioration du confort de vie ne cesse.
En France, la croissance par habitant des vingt-cinq dernières années est égale à celle enregistrée entre 1850 et 1960, comme en témoigne la généralisation des biens d'équipement.

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L'année record des prélèvements obligatoires

1999 restera comme l'année du pic historique des prélèvements obligatoires en France. La concurrence fiscale en Europe et l'approche des élections devraient enclencher une décrue.

Un record : 1.418.100 milliards de francs. C'est le niveau jamais atteint de la progression des recettes fiscales nettes de l'Etat attendues en 1999 par rapport à 1998. Soit 24 milliards de francs de plus que prévu, y compris les 11 milliards dévoilés le 20 décembre par Christian Sautter. Le ministre de l'Economie et des Finances échappera-t-il à la nécessité de réviser une nouvelle fois en hausse le taux des prélèvements obligatoires ? Au lieu de baisser de 0,2 point, comme annoncé dans le budget 1999, cet indicateur très sensible augmenterait, selon la prévision établie en septembre, de 0,4 point, pour atteindre son record historique, à 45,3 % du PIB. En fait, il n'est pas impossible que, malgré une croissance plus forte, le résultat définitif se révèle encore plus élevé.

Certes, ce pic historique est dû pour partie à des éléments que le gouvernement ne maîtrisait pas, en particulier une inflation plus basse qu'attendu, qui a pesé sur la valeur du PIB. Cette situation ne devrait pas se répéter l'an prochain, ce qui conduit Bercy à parier, avec une certaine confiance cette fois, sur une baisse du niveau des prélèvements obligatoires, qui tomberaient à 44,8 % en 2000.

Cette décrue aurait plusieurs sources : la baisse de la TVA sur les travaux dans les logements privés, la poursuite de la réforme de la taxe professionnelle, la suppression de la surtaxe d'impôt sur les sociétés et la réduction des droits de mutation immobiliers. Enfin, la mise en application de la réduction du temps de travail, qui conduira à un allégement des charges sociales.

Allégement au programme

En 2000, la baisse des impôts reste au programme, malgré les interrogations de la majorité, très plurielle, sur la répartition des fruits de la croissance : un allégement de la taxe d'habitation, réclamé par les élus PS, est évoqué pour l'automne 2000. Christian Sautter devra surtout mettre en musique la baisse des impôts directs sur les ménages, promise par Lionel Jospin à partir de 2001, qui est loin de faire consensus à gauche.

Une chose est sûre : la concurrence fiscale en Europe va bousculer le gouvernement de Lionel Jospin, qui ne fait certes pas de la baisse des impôts sa priorité, mais est bien conscient qu'il s'agit d'une étape indispensable dans la conquête des classes moyennes, donc du pouvoir, lors des élections législatives et présidentielle de 2002.



PH. MA.

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Logement : une reprise en fanfare

Au-delà d'une spectaculaire reprise de la construction, c'est l'ensemble de la politique du logement qui a enregistré un tournant historique l'an passé.

Les professionnels de l'immobilier se souviendront longtemps de l'année 1999. La reprise a dépassé tous les espoirs, avec la mise en chantier de plus de 320.000 logements neufs, un score inégalé depuis dix ans. Dans l'ancien, les transactions ont porté sur un nombre record de 550.000 logements en France. Et après sept années de crise et un timide redressement en 1998, le bâtiment a enregistré l'an passé une croissance de 5,9 %, deux fois supérieure à celle de l'économie, et créé 25.000 emplois. Pour 2000, l'activité est toujours bien orientée.

La sagesse des taux d'intérêt et le retour d'une meilleure conjoncture en France ont redonné confiance aux Français pour investir dans la pierre, mais, surtout, le logement a bénéficié d'un soutien sans précédent du gouvernement. Jusqu'à la fin août, les ventes de logements neufs ont été dopées par l'amortissement Périssol, la mesure fiscale destinée aux investisseurs locatifs. Les promoteurs ont enregistré 100.000 ventes, soit davantage qu'en 1989, la meilleure année de la décennie précédente. Comme l'amortissement Périssol a été remplacé par le « mécanisme Besson », qui offre des avantages relativement équivalents, à condition que l'investisseur accepte un certain plafonnement de ses loyers, les professionnels estiment que l'investissement locatif ne devrait pas trop faiblir sur la durée. Et, depuis août, les professionnels ont vu leurs espoirs les plus fous se réaliser.

Soutien sans précédent

Reconnaissant que le logement doit être un moteur de l'économie française, le gouvernement a engagé un véritable tournant politique. Alors que, depuis vingt ans, la politique du logement s'inscrivait dans une succession de mesures de soutien conjoncturelles à la construction, le gouvernement a souhaité créer un cadre pérenne pour le logement, qui ne bénéficie plus seulement à la construction neuve, mais aussi au parc de logements anciens. L'investissement locatif dans l'ancien est favorisé. Les droits de mutation, de plus de 8 % lors de l'arrivée au pouvoir de l'équipe Jospin, ont été progressivement abaissés, pour revenir à un taux moyen de 4,8 % plus conforme à la moyenne européenne. Enfin, le taux de TVA sur les travaux dans les logements a été ramené de 20,6 % à 5,5 %, une mesure que les professionnels du bâtiment réclamaient depuis plus de dix ans, et à laquelle ils n'osaient plus croire.



ANNE BAUER

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Le déficit budgétaire le plus élevé d'Europe

Malgré l'accélération de la croissance et l'amélioration des comptes sociaux, la France a encore le déficit de l'Etat le plus élevé d'Europe, ce qui freine la réduction du poids de la dette.

La crise des finances publiques, qui a marqué l'essentiel des années 90 depuis la récession de 1993, est-elle terminée ? On pourrait le croire au vu de la sensible amélioration enregistrée depuis la qualification pour l'euro. Parti de 3,5 % du PIB en 1997, le déficit public de la France s'établirait à 2,2 % en 1999 et à 1,8 % en 2000 ; selon le programme pluriannuel transmis à Bruxelles, il tomberait entre 1,2 % et 0,8 % du PIB en 2002.

En 2000, selon les projections du gouvernement, la dette publique connaîtrait sa première décrue depuis vingt ans, et reviendrait juste sous la barre des 60 % du PIB. Le retour à des finances publiques en équilibre, voire à un excédent, est devenu un horizon crédible à un terme relativement rapproché : 2004 ou 2005 si la croissance reste supérieure à 2,5 % l'an.

Bombes à retardement

Cette lecture optimiste doit pourtant être nuancée : avec 2,2 % de déficit public fin 1999, dont 2,7 % pour l'Etat seul, et une nouvelle hausse des prélèvements obligatoires, la France n'est pas à l'abri d'un retournement conjoncturel. Même si, grâce à la croissance et aux bonnes recettes fiscales, elle a pu réduire de 10 milliards de francs de plus le déficit budgétaire en fin d'année, à 226 milliards de francs, elle reste le mauvais élève de la zone euro sur ce terrain. Malgré un effort de maîtrise, les dépenses ne sont que stabilisées s'agissant de l'Etat et progressent encore à un rythme soutenu du côté de l'assurance-maladie. En fait, l'essentiel de l'amélioration a reposé depuis 1998 sur la croissance des recettes fiscales et sociales et non sur des réformes structurelles permettant de réduire à long terme le poids des dépenses publiques dans le PIB. C'est la grande différence entre la stratégie française et allemande. Alors que Paris a parié sur une approche non malthusienne, tablant sur la croissance pour résoudre ses difficultés, Berlin, après quelques hésitations, a choisi de commencer par réduire drastiquement ses dépenses, pour financer une baisse massive des déficits et des impôts et renforcer la compétitivité de l'Allemagne comme site de production.

Laquelle de ces deux approches l'emportera ? La pratique française est moins risquée pour la croissance à court terme, mais ne permet qu'une lente décrue des déficits, de la dette et des prélèvements obligatoires. Le principal défi pour le gouvernement Jospin, qui a voulu placer les finances publiques en pilotage automatique en fixant une norme intangible d'évolution des dépenses, sera en outre de maintenir ce cap, alors que la croissance va naturellement attiser les convoitises.

Enfin, il reste de nombreuses bombes à retardement non financées dans le budget de l'Etat, qu'il s'agisse des 35 heures ou des pensions de la fonction publique. D'ici à 2010, la moitié des fonctionnaires va partir en retraite : pour l'instant, rien n'a été fait pour ce « bogue » annoncé, qui représentera d'ici à dix ans plus que le déficit budgétaire actuel...



PH. MA.

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