Retour au sommaire Bilan 1999
Les banques françaises entrent dans la course à la consolidation
Le secteur financier public poursuit sa mue
Nouveau millésime d'exception pour le capital-investissement
Une année sociale très intense
UN SIÈCLE DE BANQUE ET D'ASSURANCE
Les restructurations bancaires s'intensifient rapidement en Europe
La mode est plus que jamais aux partenariats dans la bancassurance
Banquiers et assureurs français tardent à jouer la carte Internet
La suppression des clivages dans le secteur financier va aussi doper les rapprochements aux Etats-Unis
Les banques françaises entrent dans la course à la consolidation
BANQUE
L'année a été marquée par la guerre boursière
entre la BNP d'un côté, la Société Générale
et
Paribas de l'autre. La BNP a emporté Paribas. Une
nouvelle vague de concentrations devrait
se cristalliser
autour de la stratégie de relance de la Société
Générale.
C'est comme au bal de fin d'année.
Chacun
danse avec chacune, mais on ne sait pas
encore avec qui l'on va finir la soirée
», relatait
avec humour, au début de 1999, le dirigeant
d'une grande banque française interrogé sur les
re- structurations
qui tardaient à venir dans le secteur. Un an après,
la plupart des danseurs
continuent le bal. Mais
qu'on juge déjà du chemin parcouru... La BNP s'est
emparée de Paribas
pour constituer la première
banque française. Le Crédit Agricole s'est installé
au capital du
Crédit Lyonnais, devenant en juin,
à l'occasion de la privatisation, son premier actionnaire
à
égalité avec l'Etat (10 %).
Le feuilleton SG-Paribas
A
la mi-décembre, cependant, la
Société Générale
est venue lui disputer sa future conquête, en s'invitant
au tour de table du
Lyonnais à hauteur de 3,8 %.
Quant au CCF, personne ne parierait qu'il restera
indépendant en
2000, tant le néerlandais ING, son
actionnaire à près de 20 %, se fait pressant, avec
même une
tentative d'OPA avortée début décembre.
Seuls les mutualistes Crédit Mutuel - qui avait
acquis
le CIC en 1998 - et les Banques Populaires
ont fait une pause en 1999. Après des années de
conversations
infructueuses, ce sont Paribas et
la Société Générale qui ont mis le feu aux poudres
en annonçant
leur mariage, le 2 février. Motif
officiel donné à cette opération : l'euro. Les
métiers de
banque d'investissement plongés depuis
un mois dans le grand bain de la concurrence européenne,
sont
en phase de consolidation. Motif non avoué, les
deux banques sortent très affaiblies, surtout
la
Société Générale, de la crise financière de l'automne
1998. Trop vite conclue, mal vendue,
l'opération
ne séduit pas les marchés. La BNP, en embuscade,
s'engouffre dans la brèche et lance,
le 9 mars,
une double OPE - du jamais vu - sur ses deux concurrents.
Michel
Pébereau, le
président de la BNP, en fait une affaire
personnelle. D'abord, il se sent trahi par Daniel
Bouton
et André Lévy-Lang, les patrons respectifs
de la Société Générale et de Paribas. On apprend
alors
que la Société Générale menait des conversations
parallèles avec la BNP. Ensuite, Michel
Pébereau
juge son projet, baptisé « SBP » (Société Générale-BNP-Paribas),
seul adapté aux impératifs
de restructurations
dans la banque de détail en France. Dans l'intervalle,
il s'est vu signifier
une fin de non-recevoir de
la part des pouvoirs publics à qui il proposait
un rapprochement
BNP-Crédit Lyonnais. Michel Pébereau
met en avant l'aspect « amical » de ses offres.
Mais les
cibles repoussent ses avances : la bataille
s'organise.
Les autorités boursières, COB (Commission
des
opérations de Bourse) et CMF (Conseil des marchés
financiers) sont soumis à une rude pression.
La
palme revient, pourtant, au CECEI (Comité des établissements
de crédit et des entreprises
d'investissement),
dont le président est le gouverneur de la Banque
de France, Jean-Claude Trichet.
Celui-ci est mandaté
par le ministre de l'Economie et des Finances de
l'époque, Dominique Strauss-Kahn,
pour trouver
une issue négociée entre les belligérants. Rien
n'y fait. Finalement, début août,
les investisseurs
sont appelés à se prononcer.
La victoire de
la BNP
A une écrasante majorité
(65,1 %), ils
donnent à la BNP le contrôle de Paribas, mais leur
réponse est moins nette sur
la Société Générale,
dont la BNP obtient 36,8 % du capital et 31,5 %
des droits de vote. A l'issue
d'une ultime semaine
de tractations, sans doute impressionné par l'hostilité
du corps social
de la Société Générale, le CECEI
tranche. Il bénit le mariage BNP-Paribas, mais
contraint la
banque de Michel Pébereau à rendre
ses titres Société Générale. La banque de Daniel
Bouton a
préservé son indépendance. Mais elle a
échoué à créer SG Paribas. En alternative, elle
propose
la mise en oeuvre de partenariats structurants.
Les discussions s'ouvrent en priorité avec l'espagnol
BSCH
et l'assureur britannique CGU qui ont profité des
OPE pour se renforcer au capital de la
banque française.
La stratégie de relance de la Société Générale,
au travers notamment de son
entrée au Lyonnais,
devrait constituer l'un des moteurs de la nouvelle
vague de consolidation
qui s'annonce.
I.
C.

Le secteur financier public poursuit sa mue
Le secteur financier public se réforme avec la
filialisation
de CDC Finance et la transformation des Caisses
d'Epargne en coopérative.
Depuis
la privatisation
du Crédit Lyonnais en juin, la Banque Hervet est
la seule « rescapée » des
vagues de nationalisations
de 1945 et de 1982. Les scénarios vont bon train
sur les adossements
ou partenariats dont pourrait
bénéficier le plus petit des groupes bancaires
français. Mais
en attendant cette éventuelle
« der des der » des dénationalisations
bancaires, la
Caisse des Dépôts et Consignations,
point nodal du « grand pôle financier public
»
- selon l'expression de Dominique Strauss-Kahn
-, prépare une profonde restructuration interne
pour
mieux distinguer activités d'intérêt général et
activités concurrentielles. Ce projet,
sans équivalent
depuis la réforme avortée de 1994, doit permettre
d'éviter les foudres des autorités
de la concurrence,
notamment européennes, mais aussi faciliter les
partenariats, à l'heure où
l'industrie financière
européenne se concentre. Le dispositif comporte
la création d'une nouvelle
filiale, chapeautant
toutes les activités financières concurrentielles.
La nouvelle entité,
baptisée « CDC Finance », devrait
être en ordre de marche en septembre. Cette filialisation
se
double d'une réflexion sur un élargissement des
missions d'intérêt général de l'établissement
public.
Pour la CDC, une importante étape a déjà été franchie
avec la signature, début septembre
1999, d'une
alliance stratégique avec le Groupe Caisse d'Epargne.
Concentrée sur les activités
de banque d'investissement,
la CDC a pris 35 % de la nouvelle Caisse centrale
des Caisses d'Epargne,
un réseau dédié aux activités
bancaires de proximité. Les Caisses d'Epargne s'activent
désormais
à mettre en oeuvre leur propre réforme,
adoptée par le Parlement en juin 1999. Doté du
statut
de banque coopérative, qui leur permet de
sortir du vide juridique antérieur, de plus en
plus
pénalisant dans le contexte européen, l'Ecureuil
doit améliorer sa rentabilité et se construire
un
actionnariat. La cession de ses parts sociales
a commencé lundi 3 janvier. Les objectifs
sont
déjà fixés - 10 % de retour sur fonds propres à
terme et 4 millions de sociétaires fin
2003 -,
et la tâche n'est pas mince. Placé à la lisière
du monde mutualiste, le réseau garde
une nette
« coloration publique », en raison de ses liens
avec la CDC, de la distribution du
Livret A (monopole
partagé avec La Poste) et des missions d'intérêt
général confiées par le
législateur. Le troisième
acteur clef de la sphère financière publique, La
Poste, a, lui aussi,
entamé un mouvement de réforme
de ses activités financières, avec la création
en cours de la
nouvelle filiale qui a repris au
Trésor la gestion des chèques postaux.
Réflexion
sur les
missions
Quant aux services financiers
du Trésor, ils ont lancé une réflexion sur leurs
missions.
Le pôle public « new look » comprend
aussi la CNP (le premier assureur de personnes
en France,
introduit en Bourse en octobre 1998,
avec la CDC comme premier actionnaire aux côtés
de l'Ecureuil
et de La Poste), la Banque de développement
des PME, liée à la CDC, et le Crédit Foncier de
France,
cédé par l'Etat à l'Ecureuil en août dernier. A
l'abri des OPA hostiles, ces entreprises
du pôle
public pourraient néanmoins manquer des moyens
que procure la cotation en Bourse pour
participer
à la recomposition du secteur financier européen.
Toujours pragmatiques, les marchés
financiers se
passionnent en ce début d'année sur le sort d'une
participation publique pourtant
résiduelle. Alors
que le Crédit Lyonnais fait l'objet de convoitises
à l'échelle européenne,
les 10 % du capital encore
détenus par l'Etat pourraient, en effet, peser
lourd dans la balance.
S.
R.

Nouveau millésime d'exception pour le capital-investissement
Le financement privé en capital
des entreprises
françaises bénéficie de l'attrait de la diversification
des grands gestionnaires
d'actifs.
Après un
doublement l'année précédente, le capital-développement
a de nouveau connu,
en 1999, une très forte croissance
en France. L'Association française des investisseurs
en capital
(Afic) estime à 50 %, au minimum, la
croissance des fonds investis l'an dernier, tant
dans des
sociétés nouvelles qu'à l'occasion de
transmissions. Le montant investi devrait donc
s'élever
à 18 ou 20 milliards de francs.
Pour
le seul capital-risque, le ministère des Finances
décomptait,
à la fin du premier semestre 1999,
34 intervenants gérant des fonds de plus de 15
millions d'euros
(100 millions de francs), contre
20 à la fin de 1998. L'encours des fonds communs
de placement
à risque (au statut fiscal avantageux)
représente quelque 18 milliards de francs (dont
1,7 milliard
pour les seuls fonds devant s'investir
dans des sociétés ayant reçu un label « innovant
» décerné
par l'Anvar).
Au-delà d'une meilleure
répartition des risques, les gérants institutionnels,
comme
les personnes physiques, souvent présentées sous
le label « business angel », tentent
de tirer parti
des perspectives alléchantes offertes par ces fonds
spécialisés. Les fonds lancés
cette année ont tous
en commun de laisser espérer un taux de rendement
interne supérieur à 15
%. C'est la contrepartie
d'un risque plus élevé, que ce soit par le recours
à l'effet de levier
de la dette, ou par la nature
des investissements dans des sociétés devant encore
tout prouver.
Afflux
de capitaux nouveaux
L'afflux
de capitaux nouveaux - qui correspond à une tendance
lourde
- a été confortée par l'action gouvernementale.
En juillet, la loi Allègre sur l'innovation
apportait
son lot de mesures en faveur de la création d'entreprise,
particulièrement dans les
biotechnologies et les
technologies de la communication. A côté des créations
« d'incubateurs
», viviers de la création d'entreprise,
trois fonds d'amorçage nationaux ont été mis sur
orbite.
Le premier, I-Source, consacré à tout ce
qui touche de près ou de loin l'Internet, s'est
lancé
avec 100 millions de francs, avec comme principal
partenaire l'Inria. Le deuxième, Emertec,
se voue,
sous la houlette du CEA, à l'électronique. Il démarre
tout juste avec un encours de
80 millions de francs
et devrait à terme en lever 160. Enfin, le fonds
spécialisé dans les biotechnologies
devrait réunir
120 millions de francs.
Des fonds régionaux
sont aussi en cours de création.
En province, les
conventions rassemblant créateurs d'entreprise
et investisseurs se multiplient.
Lors de ces manifestations,
ce sont des dizaines d'entreprises en voie de création,
ou dont
l'acte de naissance ne date que de quelques
mois, qui se font connaître, demandes de capitaux
à
l'appui, à des équipes de financiers rompus à la
tâche de distinguer les meilleures d'entre
elles...
en quelques minutes seulement. Elles peuvent y
rencontrer des gérants étrangers de
plus en plus
nombreux, ainsi qu'une nouvelle classe d'investisseurs,
gérant des fonds dotés
par des groupes industriels.
Ces structures légères leur permettent de pratiquer
activement
la veille technologique.
C. T.

Une année sociale très intense
Vide.
En 1999, l'Association française des banques
est passée
près de la catastrophe sociale. Le tribunal
de grande instance de Paris décide, le 28 septembre,
d'annuler
l'accord 35 heures conclu en janvier avec le seul
SNB-CGC, jugeant illicites deux
clauses secondaires.
Puis la négociation marathon sur la convention
collective s'enlise. L'AFB
ayant dénoncé en février
1998 le texte de 1952, il doit cesser de produire
ses effets au 31
décembre: la branche frôle ainsi
le vide total. Mais, le 15 décembre, la cour d'appel
remet
en vigueur l'accord sur le temps de travail,
dans l'attente d'un jugement sur le fond. Et, à
la
fin du mois, les partenaires sociaux trouvent un
consensus sur un projet de convention collective,
soumis
à la signature le 10 janvier 2000. Quant aux concurrents
de l'AFB, ils ont bien avancé
: 17 fédérations
du Crédit Mutuel sur 18 ont paraphé des accords
35 heures, et la Fédération
nationale du Crédit
Agricole a conclu en décembre.

UN SIÈCLE DE BANQUE ET D'ASSURANCE
1945 : les nationalisations.
Avant même le débarquement,
le
Conseil national de la Résistance arrête en mars
1944 son programme économique : il veut
instaurer
« une véritable démocratie économique et sociale
impliquant l'éviction des grandes
féodalités économiques
et financières ». Est donc annoncé «
le retour à la nation
des grands moyens de production
monopolisés, fruit du travail commun, des sources
d'énergie,
des richesses du sous-sol, des compagnies
d'assurances et des grandes banques ».
Le
processus débute dans la précipitation, fin
1944, par la mise sous tutelle d'entreprises sanctionnées
pour
collaboration (Berliet, Renault, Simca, les Houillères
du Nord...). Mais c'est en décembre
1945 qu'il
prend son sens : donner à l'Etat les leviers de
l'économie et les moyens de la reconstruction.
Sont
nationalisées les Banques centrales de France et
d'Algérie ; les quatre plus grandes banques
de
dépôt (Crédit Lyonnais, Société Générale, Comptoir
National d'Escompte et Banque nationale
pour le
commerce et l'industrie) ainsi que les 34 premières
compagnies d'assurances. Ces décisions
influeront
sur toute l'économie d'après-guerre.

Les restructurations bancaires s'intensifient rapidement en Europe
BANQUE
Les groupes financiers européens, qui
ont poursuivi leur mouvement de consolidation,
ont
mis
à profit les déchirements des banques françaises
et la privatisation du Crédit Lyonnais
pour monter
dans le capital de leurs homologues hexagonaux.
Une
carte bancaire se dessine à l'échelle européenne,
au
rythme des restructurations. Mais ce mouvement
s'effectue à des rythmes encore très différents
selon
les pays. La Belgique et la Suisse ont déjà emprunté
la voie de la consolidation. La Grande-Bretagne
la
poursuit, avec les deux offres concurrentes - et
toujours en cours - de Bank of Scotland
et de Royal
Bank of Scotland sur leur concurrent NatWest.
L'Allemagne,
qui avait connu, fin
1998, un rapprochement transfrontalier
avec la reprise de l'américain Bankers Trust par
la Deutsche
Bank, n'a pas encore pleinement pris
le virage de la restructuration bancaire nationale.
Mais
elle a connu l'an dernier une fusion entre
banques bavaroises, Bayerische Vereinsbank et Hypo-Bank,
créatrices
du numéro deux bancaire privé.
BSCH, acteur
européen majeur
La Scandinavie
s'est,
elle aussi, engagée dans la voie de la restructuration
avec l'annonce du mariage de Den
Norske Bank, première
banque norvégienne, et de Postbanken, numéro quatre.
Et,
depuis septembre,
le finno-suédois MeritaNordbanken
brave l'hostilité des autorités d'Oslo pour avoir
lancé une
OPA de 2,9 milliards d'euros sur Christiana
Bank, deuxième banque norvégienne.
Les pays
latins
suivent le même chemin. En Espagne, les
grandes manoeuvres ont commencé dès le début de
l'année.
A la surprise générale, Banco Santander
(BS), première banque du pays, a annoncé sa fusion
avec
Banco Central Hispano (BCH), numéro trois
espagnol.
L'ensemble - baptisé « BSCH » - a
non
seulement donné naissance à un numéro un encore
plus puissant en Espagne, mais aussi à un acteur
européen
majeur. BSCH est en effet le premier actionnaire
de Royal Bank of Scotland avec 9,7
% du capital,
détient 5,2 % des actions du groupe bancaire italien
Sanpaolo IMI et 3,1 % de
l'allemand Commerzbank.
Du coup, dix mois après, les banques espagnoles
BBV et Argentaria, respectivement
numéro deux et
numéro trois, ont à leur tour décidé de s'unir.
En
France, les établissements
financiers étrangers
ont profité de la bataille boursière ayant opposé
la BNP à la Société Générale
et à Paribas, ainsi
que de la privatisation du Crédit Lyonnais, pour
se renforcer sensiblement
: l'espagnol BSCH détient
désormais 5,06 % de la Société Générale (4,26 %
des droits de vote),
l'allemand Commerzbank et
l'espagnol BBV ont pris respectivement 4 % et 3,75
% du Crédit Lyonnais.
Dresdner Bank pourrait accroître
sa participation de 0,9 % dans la BNP.
Enfin,
le mois dernier,
le Crédit Commercial de France
a fait l'objet d'une tentative de rachat avortée
du néerlandais
ING.
Paysage bouleversé en Italie
Mais
c'est en Italie que le secteur bancaire a le plus
évolué.
Non sans de multiples soubresauts, puisqu'un même
dimanche de mars a vu l'annonce, coup
sur coup,
de deux fusions abandonnées ensuite : celle de
Sanpaolo IMI avec Banca di Roma et
celle d'Unicredito
Italiano (Unicredit) avec Comit (« Les Echos »
du 27 mai). C'est l'influente
banque d'affaires
Mediobanca, qui a fait capoter ces deux projets.
Elle n'a pas hésité à cet
effet à intervenir auprès
d'Antonio Fazio, le gouverneur de la Banque d'Italie,
pour qui ces
deux opérations revêtaient un caractère
hostile, et du Premier ministre, Massimo D'Alema.
Le
30 juin a marqué un revirement stratégique avec
l'annonce du rapprochement de Comit et de Banca
Intesa,
un nouvel ensemble détenu à 15 % par le Crédit
Agricole et qui a pour partenaires le
Crédit Lyonnais
et la Commerzbank.
Parallèlement, la parution
d'une version modifiée d'un
décret-loi sur les
fondations bancaires et l'harmonisation de la réglementation
nationale en
matière d'OPA devraient accélérer
le processus de privatisation du secteur (à l'exemple
de l'introduction
en Bourse réussie de Monte dei
Paschi di Siena). Unicredit et BBVA ont d'ores
et déjà signé
une alliance transnationale qui devrait
déboucher sur une fusion dans les trois ans. Quant
à
Sanpaolo IMI, il devrait à terme accueillir dans
son empire Banco di Napoli, aujourd'hui contrôlé
par
INA (en cours de rapprochement avec Generali).
M.
J.

La mode est plus que jamais aux partenariats dans la bancassurance
L'alliance stratégique
nouée en novembre entre
la CNP et Prudential a clairement mis en évidence
la nécessité, pour
les assureurs, d'élargir leurs
débouchés.
Capitalistiques ou simplement industriels,
les
partenariats entre banquiers et assureurs européens
sont décidément à la mode. Le monde de l'assurance
regarde
toujours avec réserve le modèle de bancassurance
que représentent Fortis et ING. Et
préfère s'orienter
vers des alliances avec des banques capables de
leur offrir un réseau de
distribution de grande
envergure, sans avoir pour autant à se lancer dans
une acquisition coûteuse
et une fusion délicate
entre deux métiers aussi différents. Comme l'a
montré l'offensive ratée
de l'assureur britannique
Legal & General sur NatWest, le rachat d'une grande
banque n'est pas
chose aisée, et les opportunités
sont devenues rares.
Particulièrement originale,
l'alliance
nouée fin novembre entre le premier
assureur-vie britannique Prudential et son homologue
français,
CNP, constitue un événement. Il ne s'agit
pas d'un accord de bancassurance classique entre
une
banque et un assureur d'un même pays, mais
d'une coopération transfrontalière - pour l'instant
unique
- entre deux assureurs, dont l'un - la CNP - dispose
de réseaux de distribution sans
pareil, l'un bancaire
avec les Caisses d'Epargne et l'autre, postal...
La stratégie de Prudential
à l'étranger est désormais
clairement guidée par la recherche de partenaires.
« Nous ne sommes
pas intéressés, a priori, par
une acquisition. Le marché de l'assurance-vie a
changé : il est
très long et fastidieux de créer
sa propre compagnie et il est également coûteux
d'acheter une
grande compagnie en Europe. Le réseau
de distribution étant la clef du succès, il est
plus intéressant
de distribuer ses produits à travers
les canaux d'un partenaire », indiquait
récemment
dans nos colonnes sir Peter Davis, le
directeur général de Prudential (« Les Echos »
du 25 novembre).
Les
mutuelles aussi
Sur
le continent, les assureurs ont déjà largement
engagé cette démarche.
En France, notamment, la
plupart des banques se sont développées toutes
seules en assurance-vie,
mais ont généralement
fait appel, en assurance-dommages des particuliers,
à un assureur (en
dehors du Crédit Agricole et
du Crédit Mutuel). Logiquement, les banques se
sont alliées à leur
principal actionnaire assureur
: le CCF avec Swiss Life, le Crédit Lyonnais avec
Allianz, la
BNP avec AXA, la Société Générale avec
CGU. Pour les assureurs, ces premiers accords demandent
maintenant
à être renforcés vers la clientèle de PME-PMI.
De plus, ils cherchent d'autres partenaires,
lmes
AGF ou AXA ayant même créé des directions partenariats.
Dans le cadre de son vaste chantier
de réorganisation
vers le client, AXA a ainsi décidé de s'engager
dans la voie de partenariats
tous azimuts, pour
offrir à ses assurés une palette très large de
services : constructeurs automobiles,
réparateurs
en tous genres, distributeurs, etc. Tout en les
considérant comme de sérieux concurrents,
les compagnies
multiplient en effet les partenariats avec les
grands distributeurs : Generali
avec Auchan, les
AGF avec Trois Suisses, CGU avec Volvo et Ikea,
AIG avec la FNAC, Zurich avec
la Smart, etc. Les
mutuelles ne sont pas en reste. Pionnière du genre,
la Maaf a, depuis plusieurs
années, opté pour une
politique de partenariats, notamment dans le secteur
automobile (Renault,
Seat, Skoda, Honda, Nissan,
Suzuki, Toyota, Opel) et bancaire (accord avec
Banques Populaires).
En tant que président de la
Maaf, mais également des MMA, Jean-Claude Seys
va désormais développer
les coopérations entre
ces deux mutuelles, notamment dans la réassurance,
la gestion des sinistres,
l'informatique et les
achats. La Maaf a aussi décidé de rejoindre l'alliance
européenne Euresko
: à moindres frais, le groupe
mutualiste va pouvoir s'inscrire dans une ambitieuse
stratégie
internationale. Enfin, sans envisager
d'intégration dans une alliance du même type, la
Macif
et la Maif essaient depuis plusieurs mois
de mettre en place des synergies dans certains
domaines
tels que la réassurance, les achats, l'informatique
et l'international. Mais ce projet n'augure
pour
l'instant d'aucun rapprochement entre les deux
mutuelles.
L. B.

Banquiers et assureurs français tardent à jouer la carte Internet
Le Web révolutionne la
banque et l'assurance. Mais
une récente enquête attire l'attention sur le retard
français en
e-banking.
Les banques ont compris
qu'Internet allait révolutionner leur métier. Des
groupes
comme les américains Citigroup ou Wells
Fargo, le finno-suédois MeritaNordbanken ou encore
le
britannique Egg (groupe Prudential), disposent
aujourd'hui des « Websites » bancaires les plus
performants.
D'après la société de conseil Blue Sky International,
le nombre de sites Web a
doublé en un peu plus
de six mois, passant de 863 en novembre 1998 à
1.845 en juin 1999 (dont
1.245 sites dits transactionnels
on-line) dans 8 pays européens.
Cette montée
en puissance
est le fait de banques de taille modeste,
utilisant Internet pour défendre leur part de marché.
En
France, le Crédit Commercial de France a fait figure
de pionnier, en 1997, sur le terrain
des sites
Web transactionnels. Le Crédit Mutuel de Bretagne,
puis l'ensemble de la profession,
lui ont emboîté
le pas. Malgré ces efforts, une récente enquête
réalisée par Novamétrie, Compaq,
Gemini Consulting
et Microsoft, lance un cri d'alarme sur « le
retard des banques françaises
en matière d'Internet
».
Pays très avancé en matière
de banque électronique
(Minitel, carte à puce...),
la France est encore très loin des records des
Etats-Unis ou de
l'Europe du Nord pour l'utilisation
de la Toile, même si une étude d'Andersen Consulting
table
sur un triplement du nombre de comptes en
ligne à la fin de 1999 (ils étaient 100.000 fin
1998).
Des chiffres encourageants pour les banques
hexagonales, même si cela n'a pas encore conduit
la
majorité d'entre elles à engager la complète réorganisation
de leur fonctionnement (réduction
du nombre d'agences,
évolution des métiers...) que cela exigera d'elles.
Dans
l'assurance,
le mouvement, en France, est encore
plus timide. Selon une étude Capa Conseil du début
1999,
5 % seulement des sites répertoriés proposaient
des transactions en ligne, une majorité étant
seulement
des sites vitrines (45 %) ou interactifs (37 %).
Peu de professionnels offrent donc
pour l'instant
la réalisation de devis et la souscription de contrats
en ligne : on recense
notamment les sites de courtiers
comme assurdiscount (en partenariat avec Generali,
Swiss Re
et ERC Frankona) ou Direct Finance (détenu
par AGF et Lazard), tandis que le groupe Azur,
via
sa filiale Reflex, le groupe suisse Winterthur,
via son site Webinsurance, tentent depuis peu
l'expérience.
Et d'autres assureurs, tel AXA, via sa filiale
de vente directe, s'y préparent.
«
Le marché
n'est pas encore mûr pour la vente de contrats
en ligne, estime Alain Schmitter,
directeur
général des Assurances du Crédit Mutuel. La
vente d'un contrat implique plusieurs
opérations,
de l'envoi du contrat au client à son retour signé,
ce qui est un processus trop
lourd. Nous ne voulons
pas non plus proposer la réalisation
de devis en ligne car,
en présentant nos tarifs,
on s'offre trop à la concurrence. » Toutefois,
avec le développement
de la signature électronique
et du nombre des internautes, le commerce électronique
dans l'assurance
devrait se développer dans les
années qui viennent, surtout pour la vente de contrats
simples
en assurance-dommages (habitation, automobile,
etc.) ne nécessitant pas un contact de proximité.
En
Grande-Bretagne,
marché le plus mûr actuellement pour le e-commerce,
c'est la filiale du groupe
suisse Zurich Financial
Services, Eagle Star Direct, qui paraît la plus
avancée. En 1998, pour
sa première année, son site
a enregistré 1 million de visites, a réalisé 250.000
devis et vendu
10.000 contrats. Le score peut paraître
faible, mais il devrait croître significativement
à
l'avenir.
L. B. et M. J.

La suppression des clivages dans le secteur financier va aussi doper les rapprochements aux Etats-Unis
Barrières qui tombent.
La Chambre des représentants
a suivi le Sénat, qui a adopté,
le 4 octobre, le
Financial Services Modernisation Act (« Les Echos
» du 5 novembre) remplaçant
le Glass-Steagall Act,
adopté en 1933.
Ce texte a supprimé les barrières
existant jusqu'alors
entre banques commerciales,
compagnies d'assurances et firmes de courtage aux
Etats-Unis. Cette
mesure devrait venir, là aussi,
favoriser la consolidation du secteur financier.
Cela faisait
une vingtaine d'années que le milieu
américain de la finance, tout en contournant habilement
la
loi pour s'aventurer dans d'autres métiers, faisait
pression sur les responsables politiques
à Washington
pour faire tomber les barrières. Le Glass-Steagall
Act avait été adopté en 1933,
au lendemain du krach
boursier qui avait provoqué la faillite de 20 %
des établissements bancaires
américains. Le Bank
Holding Company Act, adopté en 1956, instituait
à son tour une claire ligne
de partage entre le
métier d'assureur et celui de banquier.

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