La nouvelle
version du site de TF1
constitue la première véritable création
de la "nouvelle vie" d'Anne Sinclair. La journaliste,
devenue directrice des activités multimédias de
la première des chaînes françaises, multiplie
les projets pour développer l'aspect portail de son site.
Et trouve ses confrères bien peu "ardents" vis-à-vis
de l'Internet.
Propos recueillis le 11 mai 1999 par
Philippe Guerrier
JDNet
: Depuis quand
travaillez-vous sur la nouvelle version du site de TF1?
Anne Sinclair : Nous avons commencé à nous
mettre réellement au travail depuis deux mois. Je voulais
que ce nouveau site soit très différent et qu'il
devienne un véritable pôle interactif avec une production
continue d'informations en ligne. Mes équipes ont travaillé
en collaboration avec Business
Lab pour concevoir ce nouveau site. Pour ma part, j'ai surveillé
la réalisation de la nouvelle maquette et ce de manière
quasi quotidienne.
Le site de TF1 est-il devenu "une
porte d'accès à Internet et pas simplement le site
d'une chaîne de télévision" comme vous
le souhaitiez?
Nous en sommes à la deuxième étape. Quand
j'ai pris les commandes de la direction multimédia de TF1,
il n'y avait pas de site. Nous avons embauché une équipe
dédiée à ce support. A partir de là,
je me suis engagée à convaincre les dirigeants de
TF1 que nous devions être présents sur tous les écrans
et que la chaîne devait être capable de présenter
des contenus interactifs multisupports. Le nouveau site de TF1
incarne cette volonté. La troisième étape
consistera à développer un chapelet de sites thématiques
comme TF1 Foot, TF1 News, TF1 Jeunesse... pour que le site de
TF1 devienne un vrai portail. Je pense qu'on y viendra à
la fin de l'année.
Dans quel sens le site va-t-il évoluer?
Je pense qu'un service de création de pages personnelles
devrait faire son apparition. Reste à savoir si nous allons
exploiter cet aspect en interne ou si l'on sous-traite. Nous réfléchissons
également à la personnalisation.
Pensez-vous à la convergence
web/téléphonie ?
Oui. Il y a une synergie évidente entre
TF1 et Bouygues Télécom. On en discute au sein du
groupe. Mais on réfléchit surtout à une utilisation
grand public de ce service.
Estimez-vous
que l'équipe multimédia de TF1 fait partie de la
rédaction de la chaine?
Non,
c'est une richesse supplémentaire, une rédaction
entièrement dédiée à l'Internet. Il
ne faut pas avoir envie de tout faire. La télévision,
c'est une activité spécifique. Mais il est vrai
que nous sommes en discussion avec Etienne Mougeotte (directeur
général de TF1, ndlr) pour trouver un relais sur
l'antenne à nos activités. Nous avons déjà
l'émission Clic et Net en prime-time. Mais il manque encore
une grande émission consacrée à l'Internet.
Avec
quels sites estimez-vous entrer en concurrence?
Nous
sommes à la hauteur des sites de Libération et du
Monde. Mais nous voudrions passer à la vitesse supérieure
très rapidement. Nous avons actuellement 4,5 millions de
pages vues. Nous espérons doubler ce chiffre d'ici la fin
de l'année.
Quel est le budget alloué au
site?
Le groupe Bouygues ne communique pas ce type de chiffre. Disons
qu'il a été revu à la hausse.
...
Et le chiffre d'affaire publicité en ligne?
Il
a été symbolique en 1998 car nous n'étions
pas encore organisés. Nous disposons depuis trois mois
d'une régie spécialisée multimédia
au sein de TF1 Publicité, qui est composée de quatre
personnes.
Passons
à votre parcours professionnel. Comment avez-vous appréhendé
le Net lorque vous avez pris les commandes de la direction multimédia
de TF1?
Pour moi, c'était un peu comme une deuxième vie.
Je pouvais continuer mon émission ou une autre. Je me suis
complètement investie pour monter ce business. C'est une
tout autre activité que celle que j'ai entreprise il y
a vingt ans. Il existe déjà des filiales à
TF1 (vidéo, musique). TF1 Interactif a vocation à
devenir elle aussi une filiale à part entière qui
rend des comptes aux actionnaires.
Que
vous inspire le journalisme en ligne?
C'est
comme le journalisme ailleurs. Il y a ceux qui respectent la déontologie,
ceux qui sont professionnels et ceux qui ne le sont pas. Matt
Drudge n'est pas un professionnel. Son site restera un ramassis
de ragots. Je pense qu'il y a une prime aux marques fortes et
crédibles. Les sites du Monde, de Libération et
de TF1 sont des sites professionnels avec des informations recoupées.
Il n'ya pas de spécificité pour le journalisme en
ligne. Il y a une morale et une déontologie comme partout.
Ce n'est pas un problème d'outil.
Comment
jugez-vous l'attitude des journalistes français vis-à-vis
d'Internet?
Je
ne les trouve pas suffisamment ardents. Tout dépend de
la génération. Je trouve
la mienne un peu passive. Il y en a même qui
pratiquent le snobisme envers le Net. C'est comme si on disait
"moi, le téléphone, je ne sais pas m'en servir".
Il faut savoir vivre avec son siècle et il est intéressant
de savoir comment l'information va être transmise demain.
En revanche, pour les jeunes, c'est exactement l'inverse. Ils
sont habitués à avoir une souris entre les doigts.
C'est un vrai clivage.
Envisagez-vous de présenter
une émission web sur le site de TF1?
Sur le Net, ça m'amuserait tout à
fait. Mais je n'ai pas fait le deuil de l'antenne. J'ai dit que
je ferai de grandes émissions de temps à autre quand
mes activités à TF1 Interactif m'en laisseront le
temps.
Anne Sinclair, 50 ans, née à New York, est diplômée
de Sciences politiques. Elle a commencé sa carrière
en 1975 sur l'antenne d'Europe 1 et fait ses débuts en
télévision sur France 2. Elle a rejoint TF1 en 1984.
Pendant treize ans, elle a présenté le magazine
hebdomadaire 7/7. Nommée en 1997 au poste de directrice
générale adjointe en charge de la stratégie
et du développement de l'information et parallèlement
directrice générale de TF1 Entreprise. A ce titre,
elle pilote la stratégie multimédia du groupe TF1
et a créé la structure TF1 Interactif.
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